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Le narrateur fait appel à ses souvenirs personnels pour évoquer les "souffrances" et le courage d'une "race d'hommes" négligée par la société de son époque. L'armée de métier moderne n'est que l'instrument d'un pouvoir qui la réduit à une fonction utilitaire, rejetant le soldat dans l'anonymat. L'homme "s'efface sous le soldat", souvent forcé à l'"obéissance passive" mais peut trouver une véritable "majesté" dans l'abnégation et le sacrifice.
Cette thèse va être illustrée par un récit exemplaire, puis développée et précisée dans les prologues des deux autres parties du volume, elles aussi narratives.
En mars 1815, le narrateur accompagne Louis XVIII en fuite sur la route d'Artois et de Flandre où la pluie tombe à verse. Le jeune officier rencontre un vieux commandant, qui traîne une petite charrette abritant une femme - et qui commence l'"histoire du cachet rouge".
Commandant le brick Le Marat sous la Révolution et chargé de conduire à Cayenne un jeune homme déporté par le Directoire pour une vétille, il se prend d'affection pour son prisonnier et pour sa jeune femme : "J'avais fini par les regarder comme mes enfants." déclare-t-il. Arrivé près de l'Equateur, le commandant doit ouvrir une lettre portant un cachet rouge : on lui ordonne de fusiller son prisonnier. Révolté, il obéit pourtant à l'ordre, par discipline. Mais, pour échapper au rôle de "bourreau" que lui fait jouer un gouvernement "d'assassins et de voleurs", il quitte la marine et recueille la femme du condamné, Laurette, devenue folle.
- La pluie tombe toujours. Le narrateur quitte ses compagnons de route à Béthune. Dix ans plus tard, il apprend que le vieux soldat a été tué à Waterloo, après avoir vécu incompris de ses compagnons. L'"espèce de fille folle" qui l'accompagnait est morte "furieuse, au bout de trois jours".
Un soir de l'été 1819, à Vincennes, le narrateur, jeune lieutenant, et son ami Timoléon d'Arc remarquent un vieil adjudant qui sort de la poudrière où il effectue des vérifications en vue de l'inspection générale du lendemain. À la nuit tombée, ils le retrouvent par hasard chez lui : il joue du piano en compagnie de sa fille et d'un jeune homme.
Les deux officiers sont invités à entrer et l'adjudant raconte sa jeunesse difficile, où furent néanmoins conciliés le métier de soldat et l'amour de Pierrette, la petite compagne devenue une grande chanteuse grâce à Marie-Antoinette, au poète Sédaine et au musicien Grétry. Depuis la mort de Pierrette en couches, l'adjudant a fait toutes les campagnes de l'armée française. Son récit achevé, il émet le désir de vérifier une fois encore le magasin de poudre; ses compagnons tentent de l'en dissuader.
Peu après, une terrible explosion secoue la forteresse de Vincennes et réveille la garnison. Dans les débris, on trouve le corps déchiqueté de l'adjudant. Le lendemain, le narrateur dessine au crayon le portrait de ce martyr du devoir, montrant ainsi à ses subordonnés dans quel mépris il faut tenir "la vie", "la mort", et "soi-même". Il le regrette aussitôt amèrement, au même titre que le passage du roi Louis XVIII, venu le lendemain de la tragédie, "trop vite", féliciter les soldats.
Lors de la "nuit mémorable" du 27 juillet 1830, le narrateur rencontre sur les boulevards le capitaine Renaud, qui lui raconte les "trois grandes époques" à travers lesquelles il perçoit "le sens de sa vie".
Première époque : son père l'a emmené en Égypte où, encore enfant, il a été présenté à Bonaparte qui l'a renvoyé en France pour le faire étudier. Malgré une lettre de son père qui, prisonnier des Anglais, lui conseillait de se méfier de Bonaparte, il est devenu page de l'Empereur. En 1804, à Fontainebleau, il assiste, derrière un rideau, à l'entrevue de Napoléon et du pape. L'égoïsme et l'hypocrisie du premier contrastent avec la dignité et la lucidité de son interlocuteur.
Seconde époque : Renaud, envoyé en mer pour combattre les Anglais, est fait prisonnier par l'amiral Colligwood. Au cours de cette captivité, qui dure plusieurs années, il reconnaît chez le vieux Lord "la véritable grandeur", qui naît du dévouement, non à l'homme, mais "à la Patrie et au Devoir".
Troisième époque : libéré par les Anglais, ayant refusé de s'évader pour ne pas manquer à sa parole, il constate, de retour a Paris, que Napoléon le blâme d'être resté homme d'honneur. Il participe néanmoins aux guerres de l'Empire, et à Reims, en 1814, il tue un jeune Russe de quatorze ans. De l'enfant il conserve la canne de jonc, qui est pour lui un remords toujours présent. Le capitaine, las de la guerre, pense maintenant à quitter l'armée.
Le lendemain, un enfant de quatorze ans blesse grièvement Renaud, qui meurt avec le sentiment d'avoir fait son devoir et d'être, en même temps, puni par Dieu.
Épilogue. - Dans un chapitre de "conclusion" l'auteur explique le dessein de son ouvrage : montrer la condition du soldat, "autre paria moderne". Cette condition repose sur le sentiment de l'honneur, véritable foi qui règne en souveraine dans les armées, et seule manifestation qu'il nous reste du sacré.